O mère ensevelie dans le premier jardin,
Vous navez plus connu ce climat de la grâce,
Et la vasque et la source et la haute terrasse,
Et le premier soleil, sur le premier matin
Vous navez plus connu que des biens périssables,
Et la succession, et le vieillissement.
Et la procession des maux ineffaçables
Et le regard voilé dun appauvrissement
Et je vous aime tant, mère de notre mère,
Vous avez tant pleuré les larmes de vos yeux.
Vous avez tant levé vers de pauvres cieux
Un regard inventé pour une autre lumière.
Et moi je vous salue, ô la première femme,
Et la plus malheureuse, et la plus décevante
Et la plus immobile, et la plus émouvante
Aïeule aux longs cheveux, mère de Notre-Dame.
Charles Péguy